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1. L'impuissance face au temps |
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- Le langage ordinaire
nous en avertit : nous sommes soumis au temps, qui nous emporte.
Nous vivons dans le temps, mais cela signifie d'abord notre
incapacité à nous en extraire, à lui échapper. Au poète s'exclamant
"Oh temps ! suspens ton vol!", il suffit qu'un mauvais plaisant
demande : "Pendant combien de temps ?" pour que le vœu soit
reconnu irréaliste. De plus, nous savons que le temps nous est
globalement compté, et que son écoulement n'a pour horizon que
la certitude de la mort.
- Lorsqu'on fait du
temps la marque de notre impuissance, on souligne aussi l'impossibilité
de le transformer. Sans doute disposons-nous d'une mémoire qui
nous autorise à ne pas limiter notre existence au seul "présent",
mais elle ne signifie aucune capacité à "remonter" réellement
le temps - le temps est irréversible.
- L'horizon de la
mort, le caractère temporaire de toute présence ont suscité
depuis longtemps un "désir d'éternité". Au sens propre, l'éternité
désigne l'absence de toute dégradation, la plénitude d'une présence
inlassablement semblable à elle-même, la possibilité d'une réalité
ontologique sans faille. Pour Platon, le temps se définit comme
"image mobile de l'éternité", ce qui souligne sa double dégradation.
- En comparant le
temps tel qu'il nous traverse et l'éternité de Dieu, saint Augustin
insiste sur la finitude de l'homme : des trois aspects du temps,
aucun ne correspond, si peu que ce soit, à une présence. Le
passé n'est plus, le futur n'est pas encore, et le présent,
sans aucune réalité en lui-même, n'est rien de plus que le point
où le futur se transforme en passé. Le temps n'est ainsi composé
que de trois versions du néant.
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| 2.
Conceptions du temps |
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- Le christianisme
nous a habitués à concevoir le temps comme orienté : la Création
en marque le début, et il se déploie ensuite selon un axe orienté
(la "flèche du temps"). Mais à cette linéarité s'oppose un temps
cyclique. Celui-ci fut admis dans la culture aztèque, où il
est symbolisé par un serpent se mordant la queue. Mais il était
déjà conçu ainsi chez Platon : c'est la "Grande année", qui
désigne le retour à un état antérieur - aucune dégradation n'est
donc définitive, puisqu'elle ne correspond qu'à un cycle.
- Pour Kant, le temps
est, comme l'espace, le cadre a priori de toute expérience possible,
et donc une condition de notre connaissance : tout phénomène
m'apparaît immédiatement comme avant, pendant, ou après un autre.
L'idée du temps ne peut donc être construite par une accumulation
d'expériences partielles, c'est au contraire l'expérience qui
s'inscrit dans un temps préalablement constitué. Cette conception
classique ne correspond qu'à un état particulier des connaissances
: la relativité multiplie les temps (comme les espaces) possibles.
- Bergson oppose un
temps objectivé - celui de la science qui, se mesurant, est
découpé en fragments quantifiables - à ce qui, dans la conscience,
constitue la durée. Cette dernière est un flux ininterrompu
dans lequel il est impossible de repérer des moments successifs;
elle s'apprécie intimement par des caractères qualitatifs.
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| 3.
Diversité des temporalités vécues |
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- Contrairement à
ce que suggère la flèche du temps - la succession : passé, présent,
futur -, c'est le futur qui est prioritaire pour déterminer
la conscience du temps. Sous la forme du projet, qui oriente
l'action et la pensée, et donne sens au passé (à l'acquis) pour
constituer le "présent" (même si ce dernier reste par définition
introuvable). Car le temps est aussi la dimension selon laquelle
l'homme déploie son activité pour faire œuvre.
- L'homme, bien que
soumis au temps, y jouit d'une liberté, qui s'indique dans la
façon dont il l'utilise. Chacun fait l'expérience d'un temps
qui passe plus ou moins vite; l'ennui serait ainsi dû à la conscience
d'un temps "vide", dénué de sens parce qu'étranger à tout projet
fournissant un but. Le plaisir vécu fait qu'"on ne sent pas
le temps passer"; l'attente "rend le temps long", parce qu'en
l'absence de la personne désirée, l'existence est de moindre
intérêt.
- Une réflexion sur
les pratiques collectives du temps montre la même hétérogénéité.
Les mesures du temps changent avec l'évolution des techniques,
et en fonction des besoins : le temps du travail obéit à des
rythmes différents selon qu'il est apprécié dans l'Antiquité,
au Moyen Âge ou à l'époque contemporaine, et la nature du travail
accompli en modifie également les contraintes.
- On constate ainsi
que nous vivons parmi des temps hétérogènes : au rythme intime
se superpose le temps des occupations sociales, ou celui de
la science, ou celui d'un record à battre, ou celui des loisirs,
etc. Le temps n'est donc pas un absolu, et l'homme se l'approprie
pour le vivre et le mettre à profit selon des modalités très
variées.
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